Au défi du désert de glace en terres improbables

Tout marathonien de l’extrême est un guetteur de rêves d’horizons autres

Les terrains balisés n’éprouvent pas l’homme, ils le laissent dans ses limites; celui qui ose les quitter apprend à se quitter lui-même; c’est dans le risque maîtrisé que l’homme découvre celui qu’il est sincèrement…

« Si l’on peut étouffer le sens du tambour et couper les cordes de la lyre, qui pourrait interdire à l’alouette de chanter, car les meilleurs coureurs ne laissent pas de traces ? » Lao-Tseu

Après des courses dans le désert, en montagne à travers des trails de l’extrême, après des courses asphaltées traversant le pays gaulois, coureur habitué au chaud, un nouveau défi m’attire tant sur le plan physique que sur les conditions extrêmes, le froid étant un élément contraire à ma nature : le marathon de l’Antarctique, dans un cadre féérique et dans un continent faisant rêver… que les rêves fécondent la réalité du possible, aller défier les éléments hostiles d’un continent de glace, d’un continent terre vierge et poumon de notre planète… courir pour tous ces symboles devient espérance et force de projection…

Car la neige, les pierres de glace sont les sages de notre temps, qui donc accepteraient comme elles de demeurer sans se rebeller là où le sort les a jetées…Courir ce marathon de l’extrême du froid est un moyen d’aller saluer cet art du lâcher-prise…

S’accrocher, c’est risquer de tomber lourdement; lâcher, c’est accepter de rebondir souplement… telle est la condition du runner de l’extrême et l’hiver nous apprend à nous mettre en friche, devenir ce paysage de silence blanc, se laisser recouvrir de paix. Le refus de l’hiver en soi est comme le refus de l’ombre, du terreau, du silence des profondeurs, de la lenteur et de la maturation. Le temps de la graine est plus long que celui de la fleur car comme dit Bobin, « la fleur est au fruit ce que l’adulte est à l’enfant : bien des orages peuvent compromettre le passage de l’un à l’autre ».

Une quête que je vous ferai partager par mon art du conte et de la parabole appropriée…

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L’Antarctique dans notre imaginaire est l’aube des continents, et après toutes mes courses à travers le monde, c’est un moyen de revenir aux sources, car c’est à l’aube qu’on s’approche de la vérité après des courses de dépouillement mental: l’aube du runner que je suis abat les masques; elle t’attend au saut du lit, ou en chemin, nue et sans tricheries…

Quand la Glace devient le rêve d’une passion…

Le rêve d’une course folle attend secrètement son réveil de la réalisation car quand le coureur danse, ses pieds pensent… 3 vertus indispensables de réussite : passion, humilité et courage, 3 vertus que l’on peut décliner dans le monde professionnel du savoir coopérer en toute harmonie…

Partir en running extrême de la glace loin du chaos/KO et fracas des alphabets agités de notre humaine condition pour mieux revenir à l’essentiel et y trouver des réponses sur soi, sur les autres, sur le monde…

Les corps se vident, les cœurs s’assèchent et les esprits sont de plus en plus confus… ceux qui se ressemblent se reconnaissent et se comprennent sans les mots… cas des coureurs de l’extrême, et l’Antarctique à mes yeux, ces montagnes et sentiers de neiges immaculées dans les cimes azurées, j’y vois des histoires…, dépositaires d’une mémoire inscrite à jamais dans la chair de la terre, entre géologie du ciel et théologie de la terre.

Bref, dans les tourments de l’entraînement-compétition, jeu de conviction, chercher le secret de cette impossibilité de dépasser les limites du corps, de déchiffrer le mécanisme de la respiration… voilà tout le programme à narrer pour cette aventure hors norme…

En tant que nomade errant coureur de l’extrême depuis plus de 8 ans, (et marathonien depuis 1999) au gré de joyeuses rencontres sur les courses car ce genre d’épopées n’a de sens que pour la rencontre, que dans la rencontre où courir pour le plaisir de la souffrance et de la délivrance, c’est rester insaisi dans sa forme épurée la plus simple !

Dans les défis de l’extrême-running, comme dans les défis de la vie, le problème de tout un chacun ne se pose jamais sérieusement, pas plus que celui du sujet d’action : seulement de l’orientation, de l’attitude à adopter face au monde du dehors qui est un dedans… point question de disposition mais de position…

Aller courir là-bas, en terres hostiles du Grand froid, date de course prévue le 21 novembre 2013 sous des températures extrêmes, c’est un moyen-pause parenthèse  de se retirer du chaos de la férocité sociale, pour me laisser me réaliser en couleur paradoxale dans cet univers de blancheur avec les autres coureurs – une vingtaine du monde entier-, être tour à tour jaune, bleu, violet, orange, voguer sur les couleurs ethniques et les intégrer : être mélancolique en bleu, fou en rouge, triste en jaune, gai en vert, nostalgique en violet, suave en orange, faire passer mes idées et mon être par une succession chromatique… tel sera aussi les enjeux de cette course et d’en dévoiler ensuite les mystères…

Etre un coureur de l’extrême et aller se réaliser, quête ultime en terres antarctiques, c’est aussi considérer les illusions comme des vertus, la tristesse comme une élégance, la peur comme un prétexte, l’amour comme source et oubli, le détachement comme un luxe, l’homme-femme comme un roman, la vie comme une berceuse, la souffrance comme un exercice, la perte comme délivrance vers un nouvel horizon… des thématiques de transposition à l’univers vie en dehors de la course…

Nos pieds, si souvent maltraités mais si choyés par tout coureur qui se respect sont des portes massives qui défendent la citadelle de la lumière… Antartica, nous voilà !

Pour conclure, en tant que conteur parabolique, une histoire résumant alors l’état d’esprit de cette nouvelle aventure d’avant, pendant et l’après car nous courons dans l’extrême toujours ensemble, point de compétition mais art de la coopération d’entraide joyeuse, à l’image de ce que les anthropologues du siècle dernier ont découvert en terres africaines…

Un Anthropologue a proposé un jeu à des enfants Africains, il a caché des fruits dans un panier près d’un arbre et a dit aux enfants que le 1er qui les trouvera, gagnera tous les fruits. Quand il donna le coup d’envoi, tous les enfants se sont donnés la main et ont couru ensemble, puis ils se sont assis tous ensemble pour déguster les fruits.
Lorsque l’anthropologue leur a demandé pourquoi ils avaient couru ainsi alors qu’un seul aurait pu gagner tous les fruits, ils répondirent « UBUNTU »:

- « Comment l’un de nous pourrait il être heureux si tous les autres sont tristes »
– « UBUNTU » en culture Xhosa signifie : « Je suis parce que nous sommes »…

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